mardi 10 mai 2011

Abdul X, rappeur repenti devant la justice



Le procès du rappeur Pascal Henry alias Abdul X s’est tenu vendredi devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Sa chanson Tirez sur les keufs avait fait, en août 2010, l’objet d’une plainte de Brice Hortefeux alors ministre de l’Intérieur.
Les mots viennent écorcher les élégantes boiseries de la 17e chambre du tribunal correctionnel: « Si t’en vises un, tue-le, ne le rate pas (…) mets lui une balle dans sa race », « toutes les banlieues de Paname brûlent la police ». Imperturbables, les magistrats fixent l’écran de télévision qui retransmet le clip du rappeur Abdul X, sobrement intitulé Tirez sur les keufs. Le chanteur, originaire de Sèvres (Hauts de Seine), joint le geste aux paroles et brandit, face caméra, une arme à feu. La prestation s’achève sur le silence accablé de l’auditoire.
La présidente énonce alors les chefs d’accusation retenus à l’encontre de Pascal Henry et d’une de ses connaissances, Massi Benzerrouk, qui a filmé, monté et diffusé la vidéo, en août 2010, sur YouTube.
Les deux jeunes gens sont poursuivis par le parquet pour « apologie » de crime et « provocation à la commission d’un crime » et par le ministère de l’Intérieur pour « injure publique ». Le terme de « tarba » (comprendre bâtard) avait notamment suscité l’ire de Brice Hortefeux. « Nous ne retiendrons pas le mot « lopsa (soit salope) qui ne figure pas dans la plainte du Ministre » , souligne, sans sourciller, la présidente du tribunal.
Sur le banc des prévenus, les deux garçons âgés d’une vingtaine d’années n’échangent pas un regard. Profil bas. Le rappeur enragé de la vidéo a cédé la place à un jeune homme bien mis, vêtu d’un pantalon noir et d’un tee-shirt légèrement moulant. Seules sa chaîne en or et une boucle d’oreille viennent discrètement évoquer le protagoniste du clip.
Une chanson écrite à 15 ans après une garde à vue.
Pascal Henry est bien décidé à montrer qu’il n’a plus rien avoir avec Abdul X, son alter-ego sulfureux. A l’entendre, il en a bel et bien terminé avec ce type de rap. Désormais, il veut propager des « messages de paix », chanter « au sujet de l’Afrique, des pauvres… ». Le rappeur amateur entame même sa reconversion: il promène des touristes en « touk touk » sur les Champs-Elysées afin d’obtenir l’argent nécessaire pour ouvrir une sandwicherie ambulante!
Il semble donc loin, Abdul X. « J’ai écris cette chanson lorsque j’avais 15 ans alors que je sortais d’une garde à vue. J’avais la haine car un des policiers m’avait traité de macaque », explique-t-il. Mais avec l’aide de Massi Benzerrouk à la caméra, l’oeuvre de jeunesse est devenu, environ cinq ans plus tard, un clip qui enflamme le Net. « La vidéo circulait uniquement entre mes amis. Mais la plainte du ministre a provoqué un véritable buzz. Je ne pensais pas que ça prendrai cette ampleur », justifie-t-il .
S’exprimant avec calme et déférence, Pascal Henry ne rechigne pas à la contrition. « Les paroles du clip ne correspondent pas à ce que je pense, j’étais dans un rôle d’acteur qui n’aime pas la police », avance-t-il. « Maintenant je pense plus en philosophe, c’est par la subtilité qu’on dit les choses. Je m’excuse si ça a pu blesser. » Le jeune homme avait déjà fait, en août 2010, un mea culpa public même si « un rappeur qui s’excuse, c’est pas bon pour sa carrière ».
Pourtant, le matin du procès, Pascal Henry, sans doute rattrapé par son double cabochard se montrait nettement plus vindicatif au micro d’Europe 1. « Brice Hortefeux, t’es un pingouin », lançait-il . Avant d’affirmer « ne rien regretter ».
« Pour ma mère, ça n’a pas été une expérience formidable »
Mais devant le tribunal, il poursuit, imperturbable, son laïus de rappeur assagi: « Je me suis excusé car je ne voulais pas que les jeunes prennent ça au premier degré et puis je l’ai fait pour ma mère pour qui ça n’a pas été une expérience formidable ».
C’est le moins que l’on puisse dire. Lorsque cette dernière se déplace à la barre, elle semble profondément marquée par l’affaire. La frêle dame brune aux traits tirés explique d’une voix tremblante que « son fils n’est pas un mauvais garçon ». « Je souffre de tout ça, j’aurais aimé qu’il chante autre chose. Je suis désolée de ce qui se passe », souligne-t-elle avec émotion.
Néanmoins, dans son réquisitoire, la procureure a fait preuve de fermeté car « la liberté d’expression et de création artistique ne peuvent légitimer des incitations à la violence aussi nettes et peu subtiles ». « Avec ce clip vous crachez sur les fonctionnaires de police », ajoute-t-elle. Aussi réclame-t-elle une amende de 1000 euros à l’encontre de Massi Benzerrouk et 120 jours-amendes à 30 euros pour Pascal Henry dont le casier judiciaire n’est plus tout aussi vierge. Le jeune homme avait notamment effectué, en 2009, six mois d’emprisonnement pour proxénétisme aggravé. Jugement le 16 juin.

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